II. L'heure miroir 

C’est en questionnant le rapport au corps, et les notions d’appartenance et d’interdépendance dont il est sujet, dans sa facilité de partage et duplication via un contenu photo ou vidéographique, qu’est née cette seconde collection. Ainsi, L’heure miroir s’attache à relever le trouble de dissociation du corps visuel et du corps virtuel qu’entraîne le contact permanent avec le digital. Un corps que les pièces nous proposent de réapprivoiser au travers d’un vêtement à la ligne épuré, alliant structure et fluidité, ainsi qu’au moyen de découpes, ouvertures, jeu de transparence et opacité, mais aussi de liens et jeu de bandes aux faux-airs de shibari, expression matérielle et graphique du lien dans un quotidien sans fils. Il s’agit alors de reprendre conscience de sa richesse, de sa beauté « brute », naturelle, et de laisser germer une symbiose organique et spirituelle. Les volumes glissent sur le corps, cotons, lin, chambray et laines aux tissages évoquant le pixel, caressent le corps, l’enveloppant d’une onde sensuelle et raffinée.

À l’heure où tout se dédouble, le travail autour du lien tient également lieu de métaphore sur la question du lien perdu, de la multiplication des fractures dans une société toujours plus connectée, renversant les notions de proximité et d’éloignement. La notion de l’attachement bouleversée par l’intégration des applications de rencontres notamment, se retrouve dans les liens permettant d’épouser les poignets des chemises, ou de les laisser lâches, libres et détachés, au gré de vos aspirations. Une ambivalence aux contours troubles nimbée de teintes oscillant entre passion et séduction, par ses accents cœur de vin, beiges rosés galants, que des teintes grises, noires et blanches, un rien métalliques, viennent contraster.

I. À l'ombre du théier

Cette première collection intitulée À l’ombre du théier, puise son inspiration dans l’atmosphère des salons de thé de la fin XIXème au début du XXème siècle. Crêpes et chiffons fluides et aériens,  lin et cotonnades aux accents moirés. Camaïeux de couleurs émail, porcelaine et darjeeling, laines et tissage à la main . Un subtil alliage teinté d’opium, oolong et d’étain, donnant une note de mélancolie, doublée de poésie. Comme autant de conversations perdues dans les vapeurs du thé, dont les feuilles imprègnent poches et empiècements des vêtements.

La tendance est à l’épure de la coupe, la silhouette longiligne, tantôt dissimulée derrière un délicat jeu de vêtement-étole, tantôt révélée par des bustiers souples. Les pièces constituent ainsi un vestiaire imprégné de féminité autant que de masculinité, empruntant des éléments iconiques à l’un et à l’autre, pour se forger une nouvelle identité. Une certaine ambivalence que complètent des contrastes de matité et brillance et jeux de proportions des longueurs. C’est ici que l’ombre du théier prend tout son sens: le paraître fusionne avec l’intime, tournant le dos à l’étiquette, aux codes et règles préétablis, aux bords frangés, dont il émane finalement une certaine harmonie.

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